Premier chapitre gratuit
I
Perdu dans une immense forêt reculée au fin fond de l’Angleterre, se dressait un chemin rarement emprunté. Décoré de crevasses, recouvert de boue et empli d’un brouillard opaque, il était quasi impraticable. Il s’agissait d’un endroit sombre et humide, imperméable à toute tentative de clarté. Les arbres épais, tristement fleuris, absorbaient et se nourrissaient des rares et téméraires rayons de soleil qui bravaient vents et tempêtes dans l’espoir d’y donner la vie. Empereur omniprésent, le mauvais temps régnait sur cette parcelle d’Angleterre, défiant vulgairement le cycle saisonnier. Ce jour-là ne faisait pas exception et le soleil jouait à cache-cache avec les nuages. C’était pourtant le jour le plus long de l’année, le 21 juin 1841. En effet, même l’été s’agenouillait devant un automne qui n’en finissait pas. L’humidité gouvernait et ne tarissait pas, ce qui laissait à penser qu’il n’y avait qu’une seule et unique saison dans cet endroit. Et puisque ce macabre spectacle ne se suffisait pas à lui-même, une voiture se dessina au travers de la brume. La jeune femme plissa les yeux dans un effort de reconnaissance jusqu’à distinguer au loin les silhouettes de deux chevaux suivis par une ombre humaine. Ces bêtes étaient si sales qu’il lui fut nécessaire d’inventer la couleur d’origine de leur pelage. Yeux plissés, elle distingua un cocher ancré sur sa carriole s’approcher d’elle. L’homme portait un long manteau gris en cuir peint à plusieurs endroits de giclures de boue, de vieilles bottes brunes malmenées par le temps, ainsi qu’une capuche qui cachait la moitié de son visage. Seul son menton barbu et grisonnant se distinguait dans l’épaisse fumée au goût âcre qui se dégageait de sa pipe à grandes bouffées.
Maintenant, à seulement quelques mètres d’elle, Elizabeth remarqua le cocher se débattant avec les guides de sorte à diriger, du mieux qu’il pouvait, les chevaux, prévenant un accident paradoxalement inévitable dans cet enfer naturel. Méfiante, son regard continua de balayer la calèche qui se voûtait sous les ondulations du sol. Une des roues, pratiquement dévissée, menaçait de rompre sa course. La peinture craquelante de l’habitacle vint achever ce mauvais dessin, semblable à un gribouillis d’enfant. Même la porte suppliait le monde de céder tant elle tremblait, ne tenant plus que par un loquet défectueux. Bouquet final, la carriole manqua de s’empêtrer en traversant une flaque d’eau croupie qui avait caché sous son vêtement un trou d’une profondeur surprenante. Cet élan fit perdre à l’homme sa pipe et dans une symphonie parfaitement orchestrée, la porte de la cabine s’ouvrit, sous ledit impact.
— ’Tain de bordel de merde, marmonna le cocher.
D’un coup sec, l’homme tira sur les guides afin d’arrêter son avancée tout en grognant sur les chevaux.
— Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous !
Les chevaux stoppèrent leur progression, ce qui créa un nouvel à-coup, faisant une fois de plus secouer toute la voiture. Le cocher sauta à pieds joints dans la flaque, à la recherche de son précieux, avant de s’en emparer. Il essuya la boue de sa pipe sur sa chemise puis releva le regard vers la carriole.
— ’Tain d’canassons !
Il posa ensuite son regard sur la porte ouverte de la cabine, faisant signe à la femme d’y monter.
— Tout va bien ma p'tite dame ? s’enquit-il voyant la femme raidie dans une émotion qu’il ne savait décrire. Z’avez p'tite mine.
Elizabeth soupira longuement et entra dans la calèche sans laisser place à sa raison, qui à peine fut-elle installée, explosa, fracassant la barrière de ses lèvres.
— Diantre, qu’est-ce qui m’a pris d’accepter de monter dans cette maudite charrette ?
Le cocher, qui n’avait pas su saisir ce que marmonnait la femme, s’adressa une nouvelle fois à elle, plongeant un regard dubitatif dans ses iris volcaniques.
Lisez la suite sur notre blog: https://edhydra.blogspot.com/p/silence-chapitre-1.html





